[Analyse] Le marché des granulats alluvionnaires en Alsace
Les granulats sont de plusieurs types, ils peuvent être issus de roches meubles, de roches massives ou même provenir de matériaux recyclés. Cette note s’appuie sur les données présentes dans le Schéma Régional des Carrières (SRC) du Grand Est publié en 2024. Ces données concernent parfois seulement les granulats alluvionnaires et d’autres fois tous les types de granulats, sachant qu’environ 90 % des granulats alsaciens sont des granulats alluvionnaires1.
Une diversité d’exploitants, du groupe multinational aux PME familiales
En Alsace, une trentaine d’entreprises exploite les carrières de granulats alluvionnaires. Parmi ces entreprises, environ un tiers sont des multinationales, de tailles variables. Les autres carrières appartiennent à des Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI), souvent des groupes familiaux, ou à des Petites et Moyennes Entreprises (PME).
Parmi les multinationales présentes en Alsace, les cimentiers Holcim, CRH avec sa filiale Eqiom et, enfin, Heidelberg Materials sont les plus présentes en termes de nombre de carrières exploitées. D’après leur capitalisation boursière, ces trois cimentiers figurent parmi les cinq plus grandes entreprises de production de granulats et de construction du monde2. Le groupe allemand Heidelberg Materials exploite trois carrières en Alsace, sous le nom de la société GSM. La multinationale suisse Holcim y possède six carrières, toutes situées dans le Haut-Rhin. En 2015, sa filiale Holcim France est rachetée par le groupe irlandais CRH. Les carrières du Bas-Rhin qui appartenaient à Holcim sont alors exploitées par la filiale Eqiom, appartenant à CRH. Eqiom exploite aujourd’hui cinq carrières dans le Bas-Rhin. Dans ce cas précis, une multinationale a racheté les carrières d’une autre, mais bien souvent ce sont les carrières appartenant à des PME qui sont rachetées par des multinationales, dans le but de mieux s’implanter sur un territoire. Le marché de granulats est local, mais la présence de ces entreprises présentes dans de nombreuses régions du monde montre la dimension internationale de l’économie des sables et graviers.
D’autre part, plus de la moitié des carrières alsaciennes sont exploitées par des PME ou des ETI, des groupes familiaux locaux possédant une ou plusieurs carrières. Certaines produisent des granulats sur plusieurs sites et se sont agrandies au fil des années grâce à des dynamiques de rachat.
Une production à destination du secteur de la construction
La production de granulats est à destination du secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP). Les carrières alsaciennes vendent leurs granulats à des particuliers pour leurs projets d’aménagements et/ou à des professionnels, c’est-à-dire des entreprises de la construction, publiques comme privées. En 2015, selon le tome 2 du SRC de 2024, 12 734 Mt de granulats sont utilisées en Alsace et les usages sont divisés en trois catégories : 30 % des granulats sont utilisés pour la fabrication de bétons hydrauliques, 11 % pour la fabrication de bétons bitumineux ou produits hydrocarbonés et 59 % pour d’autres emplois tels que des couches d’assises, couches de forme, ou ballast pour voies ferrées3.
Dans un premier cas de figure, les granulats permettent la fabrication des bétons hydrauliques pour la construction. Le béton hydraulique est « une roche artificielle obtenue par mélange d’un liant, le ciment hydraulique et d’un squelette solide constitué de granulats, d’eau et d’adjuvants. »4. Le béton hydraulique peut être fabriqué dans des centrales de Bétons Prêts à l’Emploi (BPE). Ces postes fixes peuvent se trouver directement sur les carrières ou à proximité. Alors que d’autres carrières ne possèdent pas de centrale BPE. Dans un deuxième cas, les granulats peuvent être employées dans la fabrication de bétons bitumineux, produits hydrocarbonés, matériaux enrobés qui servent à former la couche de roulement des routes. Enfin, les granulats peuvent être utilisés « en l’état ou avec un liant pour les usages de travaux publics (VRD [Voiries et Réseaux Divers], canalisations…) »5. Dans ce cas de figure, les matériaux issus des gravières sont utilisés sans transformation et servir par exemple à réaliser l’épandage de sable pour un centre équestre ou des chemins forestiers.
Les logiques d’intégration des exploitants
Pour les entreprises du BTP, devenir exploitant d’une carrière ou être propriétaire d’un groupe exploitant est un moyen d’intégration de leurs chaînes de valeurs. Cela permet de réduire les coûts et les délais et de pouvoir sécuriser leur approvisionnement en granulats. Par exemple Vinci, qui est l’une des cinq premières entreprises de construction du monde, exploite des granulats alluvionnaires en Alsace, à travers sa filiale Eurovia, dans la carrière de Hoerdt. Ainsi, lors du chantier du Contournement Ouest de Strasbourg (COS) de Vinci Construction, 50 km de tranchées ont été remblayées avec un « sable traité à 4 % de ciment provenant des Gravières d’Alsace Lorraine (Eurovia) »6. De la même manière, Bouygues, à travers sa filiale Colas qui est spécialisée dans la construction exploite grâce à la société Nexstone deux carrières en Alsace : celle de Nordhouse et celle de Wisches Hersbach. Ainsi Colas promeut, à travers Nexstone, « des matériaux de construction issus d’un modèle intégré » et des « granulats issus de carrières maîtrisées ». Nexstone permet alors au groupe de sécuriser son approvisionnement en matériaux : la société « regroupe les savoirs-faire liés à la production de matériaux essentiels à la construction »7 et l’Alsace est le territoire de cette intégration. L’intégration ne concerne pas seulement les multinationales comme Bouygues ou Vinci, mais aussi les PME et ETI. Par exemple, un groupe local peut être composé de sablières mais aussi de sociétés de transport, de fabrication de béton ou d’enrobés bitumineux.
Crise du secteur de la construction8 et diminution de la production
Depuis 2023, la crise du secteur de la construction en France a des répercussions négatives sur la production de granulats. L’année 2025 est la quatrième année consécutive où cette production est en recul. En Alsace, la diminution de l’extraction de granulats peut être expliquée par trois causes9. Tout d’abord, la crise de la construction est liée à la baisse de la commande publique et des investissements dans le BTP. Le manque de budget alloué pour construire ou rénover des routes ou infrastructures implique moins de travaux et donc les volumes de production de granulats diminuent. La deuxième cause relève d’innovations techniques dans le secteur du BTP : les systèmes de construction évoluent et consomment moins de granulats. Enfin, l’augmentation de l’utilisation des granulats recyclés participe à la diminution des besoins en granulats alluvionnaires. Les granulats recyclés sont issus de la transformation de matériaux provenant de la démolition, souvent de la déconstruction de bâtiments ou de routes. Leur réemploi permet à la fois de réduire les émissions de CO2 générées par le secteur de la construction, de répondre à la raréfaction des ressources et donc de sécuriser les approvisionnements et, enfin, de gérer les volumes importants de déchets à valoriser10. L’UNICEM estime que 3,9 Mt de granulats recyclés, issus de déchets inertes du BTP et produits sur des plateformes équipées d’installations de traitement fixe ont été produits en Grand Est en 2019. Cela représente 10 % du volume produit dans la région11. Selon un scénario d’approvisionnement en granulats établi à l’horizon 2034, les besoins en granulats pour répondre à la demande régionale, ainsi que celle des régions et pays limitrophes seront assurés à 32 % (soit 16 ,4 Mt) par des produits issus du recyclage et du réemploi, pour une consommation totale en granulats communs estimée à 51,7 Mt12. L’évolution de la part des granulats recyclés dans la production de granulats participe donc à la diminution de l’extraction de granulats alluvionnaires.
Note de synthèse préparée et rédigée par Lise Favre Huchon, avril 2026
Notes :
1 Entretien du 23 mars 2026 avec la secrétaire adjointe Unicem Grand Est
2 Companiesmarketcap, classement Les plus grandes entreprises de matériaux de construction par capitalisation boursière, consulté le 24 mars 2026 : https://companiesmarketcap.com/fr/materiaux-de-construction/plus-grandes-entreprises-par-capitalisation-boursiere/
3 DREAL Grand Est (2024), Schéma Régional des Carrières, Tome 2, p 43 et p 44
4 BEAUX, J.-F., PLATEOVET, B. et FOGELGESANG, J.-F, (2019). « Fiche 88. Le béton hydraulique. » Atlas de pétrologie, p. 181-182
5 DREAL Grand Est (2024), Schéma Régional des Carrières, Tome 2, p 41 : https://www.grand-est.developpement-durable.gouv.fr/documents-du-src-a23002.html?lang=fr
6 EUROVIA, Le plus grand chantier autoroutier de France pour la future principale infrastructure de mobilité des Strasbourgeois, consulté le 26 mars 2026 : https://www.eurovia.fr/agences/4479-gravieres-d-alsace-lorraine-gal/actualites/le-plus-grand-chantier-autoroutier-de-france-pour-la-future-principale-infrastructure-de-mobilite-des-strasbourgeois
7 Colas, Une marque de Colas dédiée à la production et à la valorisation des matériaux , consulté le 27 mars 2026 : https://www.colas.fr/fr/notre-identite/nos-marques/nexstone
8 PUIATTI Sonia, ( 12 décembre 2025), Granulats et BPE : en 2025, une quatrième année de repli, Mines & carrières : https://www.minesetcarrieres.fr/2025/12/12/granulats-et-bpe-en-2025-une-quatrieme-annee-de-repli/
9 Entretien du 23 mars 2026 avec la secrétaire adjointe Unicem Grand Est
10 INEC, La transition circulaire du secteur du bâtiment avec le béton recyclé, consulté le 8 avril 2026 : https://institut-economie-circulaire.fr/la-transition-circulaire-du-secteur-du-batiment-du-dechet-ressource-aux-materiaux-recycles/
11 CERC et Unicem (mars 2023), Empreinte socio-économique : https://www.unicem.fr/article/grand-est-la-filiere-minerale-de-la-construction-dispose-delements-lies-a-son-empreinte-socio-economique/
12 DREAL Grand Est (2024), Schéma Régional des Carrières, Tome 4, p 8
