Auteur/autrice : Audrey Sérandour

Les caractéristiques spatiales du marché alsacien de granulats : implantations, transport, lieux de consommation

Par Audrey Sérandour

[Analyse] Les caractéristiques spatiales du marché alsacien de granulats : implantations, transport, lieux de consommation Implantation des carrières existantes, anticipations et préoccupations La majorité des carrières alsaciennes de granulats alluvionnaires sont implantées en zone agricole, dans la plaine d’Alsace1. Une autre partie de ces carrières est exploitée en zone forestière, comme c’est le cas de la gravière de Herbsheim. Enfin, certaines carrières se situent à proximité de zones urbaines ou périurbaines, comme les carrières de Holtzheim ou Lingolsheim. Gravière de Baldersheim, exploitée par l’entreprise Michel SAS (© A. Sérandour, avril 2026) En Alsace, les lieux d’implantation des carrières sont historiques. Cette économie s’est développée progressivement au cours du XXème siècle. Aucune nouvelle carrière n’a été ouverte depuis 20 ans2. En effet, l’aménagement du territoire et, surtout, les considérations environnementales ont provoqué le renforcement de la législation et des conditions pour l’ouverture de nouvelles carrières. Ainsi, selon un article des Dernières Nouvelles d’Alsace, la raréfaction des autorisations risque « d’entraîner des tensions sur les ressources » et, selon un exploitant de carrière interrogé pour l’article, des « ruptures lorsque le BTP redémarrera3, si l’on n’anticipe pas les besoins ni ne renouvelle les exploitations »4. L’article souligne alors le fait que « les projections établies par les services de l’État démontrent que d’ici moins de dix ans, l’Alsace sera déficitaire ». Ainsi, l’absence de nouvelles autorisations d’exploitations inquiète les professionnels du secteur. D’un autre côté, des associations de protection de l’environnement comme Alsace Nature et des élus et riverains s’opposent à l’ouverture de nouvelles carrières, qui dégraderaient l’environnement, la qualité de l’eau et la qualité de vie. Bien qu’il n’y ait pas eu d’ouverture de nouveau site d’extraction depuis 20 ans, les entreprises en activité peuvent demander des autorisations d’extension ou d’approfondissement de leurs carrières existantes. C’est actuellement la manière la plus courante pour elles de continuer leur activité d’exploitation. En Alsace, du fait de l’implantation historique des carrières, il y a une très faible opposition de la part des populations locales contre les activités d’extraction déjà en place. Les oppositions rencontrées par les exploitants sont liées aux demandes d’ouverture pour de nouvelles exploitations ou à des problématiques qui dépassent les préoccupations locales. Par exemple en 2023, quarante militants écologistes des Soulèvements de la Terre se sont introduits dans la cimenterie d’Holcim à Altkirch pour dénoncer un ensemble d’actions du groupe comme l’approvisionnement en béton du Grand Paris et du site de confinement de Stocamine à Wittelsheim, sa part importante de responsabilité dans le réchauffement climatique, la pollution de l’eau, l’artificialisation des sols5. Un espace de consommation régional Du fait de leur forte dotation en ressources alluvionnaires, le Haut-Rhin et le Bas-Rhin sont des espaces d’exportation, en capacité de répondre à une partie des besoins de leurs territoires limitrophes. Les granulats alsaciens sont transportés et consommés en Moselle, Meurthe-et-Moselle, dans les Vosges, sur le territoire de Belfort, mais aussi en Allemagne, Suisse, Belgique et aux Pays-Bas. En 2015, l’Alsace exporte 2 250 t de granulats vers l’Allemagne, 600 t vers les Pays-Bas, 400 t vers la Belgique et enfin 1300 t vers la Suisse6. Dans le Grand Est, le transport de granulats alimente surtout des flux locaux. En effet « le maillage actuel des carrières de granulats répond majoritairement à des besoins de proximité et concourt à l’autonomie de la région et des territoires. En moyenne et à l’échelle régionale, les granulats parcourent 36 km entre le lieu de production et le lieu de consommation » (SRC, 2024)7. Les rayons de livraison indiqués par les entreprises varient allant de 20 km en moyenne jusqu’à plus de 50km. Le transport de granulats se fait vers deux types de lieux différents. D’une part, ils sont acheminés directement sur des chantiers du BTP, qui eux-mêmes sont variables dans l’espace et le temps. D’autre part, les granulats peuvent être transportés vers des postes fixes, tels que des installations industrielles où ils sont transformés en matériaux de construction comme le béton ou l’enrobé, ou des plateformes de négoce. C’est majoritairement lorsque les granulats sont à destination de ces postes fixes que les entreprises ont recours aux réseaux ferré et fluvial pour le transport, car les flux sont « plus massifiés, plus réguliers et plus durables » (SRC, 2024)8. Le marché est principalement local : 11 000 kt, soit les 2/3 de la production alsacienne de granulats alluvionnaires sont consommés au sein du département, le reste étant exporté vers les départements et pays voisins. Le marché est contenu à l’échelle régionale. Des flux principalement routiers Les granulats alsaciens sont acheminés par le réseau routier, ferré ou fluvial. Toutefois, le marché étant principalement local, le transport routier est privilégié. Celui-ci présente des avantages de flexibilité, de disponibilité, mais surtout d’accessibilité : il entraîne moins de coûts qui seraient liés, par exemple, aux ruptures de charge. Les camions permettent de transporter les granulats directement de la carrière au chantier. A l’échelle nationale, plus de 90 % de la production de granulats sont transportés dans des camions bennes, pour des distances inférieures à 50 km9. Selon une estimation du SRC, le transport routier représente 85 % du chargement des granulats produits dans le Grand Est, 33 % des matériaux exportés, 96,5 % des granulats qui transitent dans la région et 51 % des importations10. De fait, toutes les carrières alsaciennes qui communiquent sur le mode de transport utilisé pour la livraison de leurs granulats indiquent se servir de camions. Ces derniers permettent de répondre à la demande de granulats de proximité non seulement en France, mais aussi en Allemagne du Sud ou en Suisse pour ce qui concerne l’Alsace du Sud. Le transport par voie fluviale ou ferrée est plus important pour le transport de granulats exportés ou parcourant une plus longue distance. Entre 2003 et 2013, 4,26 Mt de granulats alsaciens étaient acheminées par voie fluviale chaque année. 50 % de ces granulats étaient à destination de l’Allemagne (2,03 Mt), 32 % à destination des Pays Bas (1,35 Mt), 8% à destination de la Belgique (0,34 Mt), 8 % à destination de la Suisse et enfin 4,5 % étaient à destination de la Lorraine…

Le marché des granulats alluvionnaires en Alsace

Par Audrey Sérandour

[Analyse] Le marché des granulats alluvionnaires en Alsace Les granulats sont de plusieurs types, ils peuvent être issus de roches meubles, de roches massives ou même provenir de matériaux recyclés. Cette note s’appuie sur les données présentes dans le Schéma Régional des Carrières (SRC) du Grand Est publié en 2024. Ces données concernent parfois seulement les granulats alluvionnaires et d’autres fois tous les types de granulats, sachant qu’environ 90 % des granulats alsaciens sont des granulats alluvionnaires1. Une diversité d’exploitants, du groupe multinational aux PME familiales En Alsace, une trentaine d’entreprises exploite les carrières de granulats alluvionnaires. Parmi ces entreprises, environ un tiers sont des multinationales, de tailles variables. Les autres carrières appartiennent à des Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI), souvent des groupes familiaux, ou à des Petites et Moyennes Entreprises (PME). Parmi les multinationales présentes en Alsace, les cimentiers Holcim, CRH avec sa filiale Eqiom et, enfin, Heidelberg Materials sont les plus présentes en termes de nombre de carrières exploitées. D’après leur capitalisation boursière, ces trois cimentiers figurent parmi les cinq plus grandes entreprises de production de granulats et de construction du monde2. Le groupe allemand Heidelberg Materials exploite trois carrières en Alsace, sous le nom de la société GSM. La multinationale suisse Holcim y possède six carrières, toutes situées dans le Haut-Rhin. En 2015, sa filiale Holcim France est rachetée par le groupe irlandais CRH. Les carrières du Bas-Rhin qui appartenaient à Holcim sont alors exploitées par la filiale Eqiom, appartenant à CRH. Eqiom exploite aujourd’hui cinq carrières dans le Bas-Rhin. Dans ce cas précis, une multinationale a racheté les carrières d’une autre, mais bien souvent ce sont les carrières appartenant à des PME qui sont rachetées par des multinationales, dans le but de mieux s’implanter sur un territoire. Le marché de granulats est local, mais la présence de ces entreprises présentes dans de nombreuses régions du monde montre la dimension internationale de l’économie des sables et graviers. D’autre part, plus de la moitié des carrières alsaciennes sont exploitées par des PME ou des ETI, des groupes familiaux locaux possédant une ou plusieurs carrières. Certaines produisent des granulats sur plusieurs sites et se sont agrandies au fil des années grâce à des dynamiques de rachat. Une production à destination du secteur de la construction La production de granulats est à destination du secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP). Les carrières alsaciennes vendent leurs granulats à des particuliers pour leurs projets d’aménagements et/ou à des professionnels, c’est-à-dire des entreprises de la construction, publiques comme privées. En 2015, selon le tome 2 du SRC de 2024, 12 734 Mt de granulats sont utilisées en Alsace et les usages sont divisés en trois catégories : 30 % des granulats sont utilisés pour la fabrication de bétons hydrauliques, 11 % pour la fabrication de bétons bitumineux ou produits hydrocarbonés et 59 % pour d’autres emplois tels que des couches d’assises, couches de forme, ou ballast pour voies ferrées3. Dans un premier cas de figure, les granulats permettent la fabrication des bétons hydrauliques pour la construction. Le béton hydraulique est « une roche artificielle obtenue par mélange d’un liant, le ciment hydraulique et d’un squelette solide constitué de granulats, d’eau et d’adjuvants. »4. Le béton hydraulique peut être fabriqué dans des centrales de Bétons Prêts à l’Emploi (BPE). Ces postes fixes peuvent se trouver directement sur les carrières ou à proximité. Alors que d’autres carrières ne possèdent pas de centrale BPE. Dans un deuxième cas, les granulats peuvent être employées dans la fabrication de bétons bitumineux, produits hydrocarbonés, matériaux enrobés qui servent à former la couche de roulement des routes. Enfin, les granulats peuvent être utilisés « en l’état ou avec un liant pour les usages de travaux publics (VRD [Voiries et Réseaux Divers], canalisations…) »5. Dans ce cas de figure, les matériaux issus des gravières sont utilisés sans transformation et servir par exemple à réaliser l’épandage de sable pour un centre équestre ou des chemins forestiers. Sur la période 2004-2015 en Grand Est, presque 2/3 de la production de granulats sont issus de roches meubles et 59 % sont à destination de projets de VRD et de Travaux Publics autres que le béton hydraulique et les produits hydrocarbonés. Les granulats recyclés ne représentaient que 5,5 % de la production (le chiffre a atteint 10 % depuis). Les sables et graviers sont donc une part majoritaire de la production de granulats en Grand Est, production qui alimente le secteur de la construction par des usages divers. Les logiques d’intégration des exploitants Pour les entreprises du BTP, devenir exploitant d’une carrière ou être propriétaire d’un groupe exploitant est un moyen d’intégration de leurs chaînes de valeurs. Cela permet de réduire les coûts et les délais et de pouvoir sécuriser leur approvisionnement en granulats. Par exemple Vinci, qui est l’une des cinq premières entreprises de construction du monde, exploite des granulats alluvionnaires en Alsace, à travers sa filiale Eurovia, dans la carrière de Hoerdt. Ainsi, lors du chantier du Contournement Ouest de Strasbourg (COS) de Vinci Construction, 50 km de tranchées ont été remblayées avec un « sable traité à 4 % de ciment provenant des Gravières d’Alsace Lorraine (Eurovia) »6. De la même manière, Bouygues, à travers sa filiale Colas qui est spécialisée dans la construction exploite grâce à la société Nexstone deux carrières en Alsace : celle de Nordhouse et celle de Wisches Hersbach. Ainsi Colas promeut, à travers Nexstone, « des matériaux de construction issus d’un modèle intégré » et des « granulats issus de carrières maîtrisées ». Nexstone permet alors au groupe de sécuriser son approvisionnement en matériaux : la société « regroupe les savoirs-faire liés à la production de matériaux essentiels à la construction »7 et l’Alsace est le territoire de cette intégration. L’intégration ne concerne pas seulement les multinationales comme Bouygues ou Vinci, mais aussi les PME et ETI. Par exemple, un groupe local peut être composé de sablières mais aussi de sociétés de transport, de fabrication de béton ou d’enrobés bitumineux. Crise du secteur de la construction8 et diminution de la production Depuis 2023, la crise du secteur de la construction en France a des…

[Publication] « Les Ressources », numéro de la Documentation photographique

Par Audrey Sérandour

[Publication] « Les Ressources », numéro de la Documentation photographique Le 30 avril 2026 sort un numéro de la Documentation photographique dédié aux ressources, signé par Audrey Sérandour (Université de Haute-Alsace – CRESAT) et Solène Rey-Coquais (Université Sorbonne Nouvelle, IHEAL-CREDA). Publiée par CNRS Éditions, la collection de la Documentation photographique vise à proposer une approche pédagogique et richement documentée d’une thématique d’histoire ou de géographie. Dans ce numéro, nous abordons les enjeux de la géographie politique des ressources, en analysant les relations complexes entre matières, capacités techniques, modes d’organisation sociale, modèles économiques, systèmes de gouvernance politique et imaginaires culturels. Quelles valeurs sont accordées aux ressources ? Comment cela varie-t-il d’une époque à l’autre, d’un espace à un autre ? Gaz russe, pétrole vénézuélien et du golfe Persique, minerais rares du Groenland… les ressources restent au cœur des conflits d’aujourd’hui. Leur importance dépasse pourtant ces questions géopolitiques, reflétant les liens plus larges qu’entretiennent les sociétés humaines avec leur environnement bio-physique. Ce numéro revient sur les grands enjeux de ces relations entre des matières et des capacités techniques et culturelles. Il aborde aussi bien les domaines miniers et énergétiques, qu’agricoles, forestiers ou hydriques, et les nouveaux fronts pionniers que constituent aujourd’hui les fonds marins et l’espace extra-terrestre. Référence Sérandour A., Rey-Coquais S. (2026), Les Ressources, Documentation Photographique, dossier 8171, CNRS Éditions, 64 pages. A retrouver en librairie et sur le site Internet de CNRS Éditions : https://www.cnrseditions.fr/catalogue/revues/les-ressources/ Table des matières du numéro Le Point Sur Ressources stratégiques et avancée des fronts extractifs Accéder aux ressources, contrôler les approvisionnements Mise en valeur de ressources et développement territorial De l’exploitation à la préservation des ressources Géostratégie des ressources Le renouveau minier européen La Chine et ses chaînes de valeur Le gaz, levier de puissance pour la Russie ? Les routes de l’uranium Un marché céréalier mondialisé L’or, des gisements aux marchés globaux Ressources et territoires Le rôle des rentes pétrolières Les droits des peuples autochtones Des ressources pour la ville : le métabolisme de Paris Le lithium andin : quel modèle de développement ? Cuivre et environnement au Chili Déforestation et conflit : l’huile de palme en Indonésie L’eau, une ressource politique : le canal du Qosh Tepa La nature : de la préservation à la marchandisation Nouveaux horizons Les plantes, entre bioprospection et biopiraterie Réguler l’exploitation minière sous-marine Les promesses de l’hydrogène en Europe Les ressources renouvelables : une transition ? Les diverses matérialités du lithium Horizons pétroliers Les déchets comme ressources : recyclage, réemploi et économie circulaire L’espace extra-terrestre : un nouvel horizon ? Imaginaires autour des ressources

Gravières et sablières : définition, production et enjeux dans le Fossé rhénan

Par Audrey Sérandour

[Fiche ressource] Le gisement alluvionnaire du Fossé rhénan Le Fossé rhénan est un important gisement alluvionnaire. Dans un rapport de 1992, la Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE) d’Alsace caractérise le gisement alsacien en expliquant qu’« [il] s’étend sur 160 kilomètres du nord au sud de l’Alsace. A l’ouest du Rhin et sur une largeur moyenne de 15 km, il représente 200 milliards de mètres cubes de sables, graviers et galets, déposés là depuis des millénaires » [1]. D’après la base de données du BRGM, l’Alsace compte aujourd’hui près de 70 carrières de granulats alluvionnaires en activité [2]. Dans la plaine, les carrières de granulats alluvionnaires sont nombreuses et réparties de façon linéaire le long du Rhin et ses affluents. Dans les massifs montagneux, d’autres matières sont exploitées telles que le grès dans les Vosges. Définition et principaux aspects techniques et juridiques Les termes de gravières et sablières désignent des carrières à ciel ouvert desquelles sont extraits des sables et graviers d’un gisement alluvionnaire comme celui du Rhin et de ses affluents. Dans les faits, ces deux types de carrières se confondent, car sables et graviers sont souvent exploités sur les mêmes sites. Si théoriquement le gravier est extrait dans les gravières et le sable dans les sablières, la différence entre les deux produits est essentiellement commerciale. Durant le quaternaire (période géologique débutée il y a 2,6 millions d’années), des matériaux meubles et non consolidés ont été déposés par les glaciers, cours d’eau ou sur les fonds marins peu profonds et ont formé ce que l’on appelle des gisements alluvionnaires. Dans le Fossé rhénan, ces gisements sont majoritairement issus de l’action des cours d’eau qui ont accumulé les dépôts dans le lit actuel ou ancien d’une rivière. Les granulats issus de ces roches meubles sont de formes arrondies, et donc également appelés granulats « roulés » [3]. Une gravière peut être exploitée en eau, c’est-à-dire avec un niveau d’extraction inférieur à la nappe phréatique, ou à sec [4], lorsque l’extraction se fait au-dessus du niveau de la nappe phréatique. Les gravières s’étendent en général sur 50 à 300 mètres de large et la profondeur d’excavation peut varier de quelques mètres à près de 50 m. En termes juridiques, depuis la loi n° 93-3 du 4 janvier 1993 relative aux carrières [5], ces dernières relèvent de la législation des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE). Les conditions dans lesquelles elles peuvent être exploitées sont définies dans le Code de l’environnement. Ici non plus, il n’y a aucune différence juridique entre gravière et sablière. Les sables et graviers font partie de la catégorie des granulats. Les carrières de granulats sont de deux types : d’un côté, il y a les sables et graviers issus de gisements alluvionnaires et, d’un autre, les granulats issus de roches massives qui sont extraits et produits à partir de différents matériaux tels que les roches éruptives (granites, diorites, rhyolites, trapp), métamorphiques (quartzites, gneiss) ou sédimentaires consolidées (calcaire, grès) [6]. La différence entre sable et gravier se trouve ainsi dans leur granulométrie. Dans le monde académique, la classification géologique d’Udden-Wentworth considère que les particules de sable se trouvent entre 0,0625 mm et 2 mm de diamètre, tandis que celles de gravier font entre 2 mm et 16 mm. Cependant, dans l’industrie, le sable a généralement une granulométrie située entre 0 et 4 mm et le gravier entre 4 et 20 mm. Les cailloux sont le troisième type de granulats, scientifiquement entre 16 mm et 64 mm et généralement supérieurs à 20 mm dans l’industrie. Le Fossé rhénan : productions nationales et régionalesLes granulats sont une ressource fondamentale pour nos économies et sont « la matière première la plus consommée au monde après l’air et l’eau » (Bueb, 2025) [7]. Depuis l’invention du ciment et du béton, l’industrie du bâtiment et des travaux publics utilise des granulats en grandes quantités. Si l’extraction de granulats est bon marché, leur transport est coûteux. Cette ressource est donc peu échangée sur le marché international. La production et la consommation sont alors essentiellement locales, nationales ou régionales. D’après les données de l’organisation Aggregates Europe (UEPG), l’Allemagne assure en 2023 la plus importante production de sables et graviers de l’Union Européenne (232 Mt), suivie par la Pologne (167 Mt) puis par la France (104 Mt), tandis que la Suisse produit 38,7 Mt [8]. Selon un rapport publié en 2022 par l’Union Nationale des Industries de Carrières et Matériaux de construction (UNICEM) et l’Union Nationale des Producteurs de Granulats (UNPG), en 2020, les besoins en granulats (alluvionnaires, recyclés, marins…) de la France s’élèvent à 414 millions de tonnes alors que sa production est de 301,5 millions de tonnes [9]. Toutefois, la même année, la France a exportée 9,6 Mt, principalement vers des pays européens, notamment 3,6 Mt en Suisse et 3,2 Mt en Allemagne. D’un autre côté, elle a donc du importer 10,3 Mt de granulats, dont 6,4 Mt de Belgique, pour répondre à ses besoins. En 2020, toujours d’après le rapport de l’UNICEM et l’UNPG, le Grand Est possède, avec près de 38,5 Mt de granulats par an, la troisième plus importante production régionale française derrière l’Auvergne Rhône Alpes (44,4 Mt) et la Nouvelle Aquitaine (39,2 Mt). Le Bas-Rhin a la production départementale la plus élevée (11,4 Mt). En Allemagne, les régions du Nord-Ouest, la Basse-Saxe et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie sont les principales régions productrices de sables et graviers, puis viennent ensuite des régions telles que la Bavière, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et le Schleswig-Holstein [10]. De nombreuses carrières en eau sont situées près des cours d’eau, comme c’est le cas par exemple à la frontière avec l’Alsace, le long du Rhin. En Suisse, la production de granulats alluvionnaires est située principalement dans les cantons du plateau suisse [11]. Les cantons de Zurich, Argovie, Saint-Gall, Vaud et Valais sont les plus importants producteurs de granulats du pays. Plus généralement, on retrouve de nombreuses gravières et sablières autour des cours d’eau et lacs, tels que le lac des Quatre-Cantons, le lac de…

[Publication] « Produire les territoires et les mondes du lithium dans les Andes », dans la revue Les Temps qui restent

Par Audrey Sérandour

[Publication] « Produire les territoires et les mondes du lithium dans les Andes », dans la revue Les Temps qui restent Dans cet article, Audrey Sérandour livre les résultats d’une enquête de terrain aux confins de l’Argentine, du Chili et de la Bolivie, dans les salares andins qui contiennent une grande quantité de ce minerai stratégique. Entre conflits de territoire, conflits de mondes et conflits de planètes, l’auteure montre comment s’opposent concrètement les imaginaires extractivistes et ceux de la reterrestrialisation. Référence de la publication : SÉRANDOUR Audrey (2025), « Dénommer, faire exister, contester, ré-imaginer : produire les territoires et les mondes du lithium dans les Andes », Les Temps qui restent, Numéro 4, Hiver (janvier-mars) 2025. Article consultable sur le site de la revue Les Temps qui restent.