Mois : avril 2026

[Publication] « Les Ressources », numéro de la Documentation photographique

Par Audrey Sérandour

[Publication] « Les Ressources », numéro de la Documentation photographique Le 30 avril 2026 sort un numéro de la Documentation photographique dédié aux ressources, signé par Audrey Sérandour (Université de Haute-Alsace – CRESAT) et Solène Rey-Coquais (Université Sorbonne Nouvelle, IHEAL-CREDA). Publiée par CNRS Éditions, la collection de la Documentation photographique vise à proposer une approche pédagogique et richement documentée d’une thématique d’histoire ou de géographie. Dans ce numéro, nous abordons les enjeux de la géographie politique des ressources, en analysant les relations complexes entre matières, capacités techniques, modes d’organisation sociale, modèles économiques, systèmes de gouvernance politique et imaginaires culturels. Quelles valeurs sont accordées aux ressources ? Comment cela varie-t-il d’une époque à l’autre, d’un espace à un autre ? Gaz russe, pétrole vénézuélien et du golfe Persique, minerais rares du Groenland… les ressources restent au cœur des conflits d’aujourd’hui. Leur importance dépasse pourtant ces questions géopolitiques, reflétant les liens plus larges qu’entretiennent les sociétés humaines avec leur environnement bio-physique. Ce numéro revient sur les grands enjeux de ces relations entre des matières et des capacités techniques et culturelles. Il aborde aussi bien les domaines miniers et énergétiques, qu’agricoles, forestiers ou hydriques, et les nouveaux fronts pionniers que constituent aujourd’hui les fonds marins et l’espace extra-terrestre. Référence Sérandour A., Rey-Coquais S. (2026), Les Ressources, Documentation Photographique, dossier 8171, CNRS Éditions, 64 pages. A retrouver en librairie et sur le site Internet de CNRS Éditions : https://www.cnrseditions.fr/catalogue/revues/les-ressources/ Table des matières du numéro Le Point Sur Ressources stratégiques et avancée des fronts extractifs Accéder aux ressources, contrôler les approvisionnements Mise en valeur de ressources et développement territorial De l’exploitation à la préservation des ressources Géostratégie des ressources Le renouveau minier européen La Chine et ses chaînes de valeur Le gaz, levier de puissance pour la Russie ? Les routes de l’uranium Un marché céréalier mondialisé L’or, des gisements aux marchés globaux Ressources et territoires Le rôle des rentes pétrolières Les droits des peuples autochtones Des ressources pour la ville : le métabolisme de Paris Le lithium andin : quel modèle de développement ? Cuivre et environnement au Chili Déforestation et conflit : l’huile de palme en Indonésie L’eau, une ressource politique : le canal du Qosh Tepa La nature : de la préservation à la marchandisation Nouveaux horizons Les plantes, entre bioprospection et biopiraterie Réguler l’exploitation minière sous-marine Les promesses de l’hydrogène en Europe Les ressources renouvelables : une transition ? Les diverses matérialités du lithium Horizons pétroliers Les déchets comme ressources : recyclage, réemploi et économie circulaire L’espace extra-terrestre : un nouvel horizon ? Imaginaires autour des ressources

[Publication] Article dans la revue Political Geography

Par Mélanie Edeline

[Publication] Article dans la revue Political Geography David Schröter co-publie avec Felipe Fernández et Alke Jenss un article sur les pratiques politiques et spatiales d’acteurs locaux qui cherchent à tirer parti du développement d’un projet d’extraction de lithium dans l’Altiplano bolivien, notamment en termes d’infrastructures. Dans une perspective de géographie politique et d’anthropologie des infrastructures énergétiques et minières, il s’agit de mieux comprendre les cas où un projet d’exploitation de ressource ne fait pas seulement l’objet de contestations, mais se trouve aussi activement façonné et négocié par des acteurs locaux. Résumé : Given the new extractive geographies of the energy transition, the Bolivian salt flat Salar de Uyuni has gained enormous attention since it represents the world’s largest lithium deposit in the world. We understand lithium mines in the South American Andean region as part of a global infrastructural arrangement brought about by political and financial forces to foster and nurture the energy transition. In Bolivia, lithium extraction encapsulates promises of economic growth and development, following the MAS’ agenda of resource extraction in the context of nationalization and redistribution. This case highlights the importance of paying attention to how extractive projects are embedded into certain national and political configurations, while still being part of global capital relations. In this paper we examine the political and legal mobilizations demanding public infrastructures around lithium extraction articulated by civil society organizations and local state actors in the mining region of Potosí, in Southwestern Bolivia. We argue that FRUTCAS, a regional civil society organization, appropriates and leverages the transnational geographies of lithium to articulate their demands. Rather than opposing lithium extraction, local actors negotiate and seek to benefit from the construction and expansion of infrastructures. Civil society actors such as FRUTCAS adapt their demands to the perceived interests of the Bolivian central state and global energy infrastructures, framing the highway construction as highly beneficial to lithium extraction. At the same time, they seek infrastructural connection for themselves. This article brings perspectives from political geography and anthropology on infrastructures of energy and extraction together to understand better cases where the extraction of lithium, lithium transport infrastructures and their wider geographies are not only contested, but actively shaped and negotiated by local political actors. Article consultable sur ScienceDirect : Schröter, David, Felipe Fernández, and Alke Jenss. 2026. ‘The Lithium Road. Political Practices in Favor of Extractive Infrastructures in the Bolivian Altiplano.’ Political Geography 128 (June): 103541.

Gravières et sablières : définition, production et enjeux dans le Fossé rhénan

Par Audrey Sérandour

[Fiche ressource] Le gisement alluvionnaire du Fossé rhénan Le Fossé rhénan est un important gisement alluvionnaire. Dans un rapport de 1992, la Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE) d’Alsace caractérise le gisement alsacien en expliquant qu’« [il] s’étend sur 160 kilomètres du nord au sud de l’Alsace. A l’ouest du Rhin et sur une largeur moyenne de 15 km, il représente 200 milliards de mètres cubes de sables, graviers et galets, déposés là depuis des millénaires » [1]. D’après la base de données du BRGM, l’Alsace compte aujourd’hui près de 70 carrières de granulats alluvionnaires en activité [2]. Dans la plaine, les carrières de granulats alluvionnaires sont nombreuses et réparties de façon linéaire le long du Rhin et ses affluents. Dans les massifs montagneux, d’autres matières sont exploitées telles que le grès dans les Vosges. Définition et principaux aspects techniques et juridiques Les termes de gravières et sablières désignent des carrières à ciel ouvert desquelles sont extraits des sables et graviers d’un gisement alluvionnaire comme celui du Rhin et de ses affluents. Dans les faits, ces deux types de carrières se confondent, car sables et graviers sont souvent exploités sur les mêmes sites. Si théoriquement le gravier est extrait dans les gravières et le sable dans les sablières, la différence entre les deux produits est essentiellement commerciale. Durant le quaternaire (période géologique débutée il y a 2,6 millions d’années), des matériaux meubles et non consolidés ont été déposés par les glaciers, cours d’eau ou sur les fonds marins peu profonds et ont formé ce que l’on appelle des gisements alluvionnaires. Dans le Fossé rhénan, ces gisements sont majoritairement issus de l’action des cours d’eau qui ont accumulé les dépôts dans le lit actuel ou ancien d’une rivière. Les granulats issus de ces roches meubles sont de formes arrondies, et donc également appelés granulats « roulés » [3]. Une gravière peut être exploitée en eau, c’est-à-dire avec un niveau d’extraction inférieur à la nappe phréatique, ou à sec [4], lorsque l’extraction se fait au-dessus du niveau de la nappe phréatique. Les gravières s’étendent en général sur 50 à 300 mètres de large et la profondeur d’excavation peut varier de quelques mètres à près de 50 m. En termes juridiques, depuis la loi n° 93-3 du 4 janvier 1993 relative aux carrières [5], ces dernières relèvent de la législation des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE). Les conditions dans lesquelles elles peuvent être exploitées sont définies dans le Code de l’environnement. Ici non plus, il n’y a aucune différence juridique entre gravière et sablière. Les sables et graviers font partie de la catégorie des granulats. Les carrières de granulats sont de deux types : d’un côté, il y a les sables et graviers issus de gisements alluvionnaires et, d’un autre, les granulats issus de roches massives qui sont extraits et produits à partir de différents matériaux tels que les roches éruptives (granites, diorites, rhyolites, trapp), métamorphiques (quartzites, gneiss) ou sédimentaires consolidées (calcaire, grès) [6]. La différence entre sable et gravier se trouve ainsi dans leur granulométrie. Dans le monde académique, la classification géologique d’Udden-Wentworth considère que les particules de sable se trouvent entre 0,0625 mm et 2 mm de diamètre, tandis que celles de gravier font entre 2 mm et 16 mm. Cependant, dans l’industrie, le sable a généralement une granulométrie située entre 0 et 4 mm et le gravier entre 4 et 20 mm. Les cailloux sont le troisième type de granulats, scientifiquement entre 16 mm et 64 mm et généralement supérieurs à 20 mm dans l’industrie. Le Fossé rhénan : productions nationales et régionalesLes granulats sont une ressource fondamentale pour nos économies et sont « la matière première la plus consommée au monde après l’air et l’eau » (Bueb, 2025) [7]. Depuis l’invention du ciment et du béton, l’industrie du bâtiment et des travaux publics utilise des granulats en grandes quantités. Si l’extraction de granulats est bon marché, leur transport est coûteux. Cette ressource est donc peu échangée sur le marché international. La production et la consommation sont alors essentiellement locales, nationales ou régionales. D’après les données de l’organisation Aggregates Europe (UEPG), l’Allemagne assure en 2023 la plus importante production de sables et graviers de l’Union Européenne (232 Mt), suivie par la Pologne (167 Mt) puis par la France (104 Mt), tandis que la Suisse produit 38,7 Mt [8]. Selon un rapport publié en 2022 par l’Union Nationale des Industries de Carrières et Matériaux de construction (UNICEM) et l’Union Nationale des Producteurs de Granulats (UNPG), en 2020, les besoins en granulats (alluvionnaires, recyclés, marins…) de la France s’élèvent à 414 millions de tonnes alors que sa production est de 301,5 millions de tonnes [9]. Toutefois, la même année, la France a exportée 9,6 Mt, principalement vers des pays européens, notamment 3,6 Mt en Suisse et 3,2 Mt en Allemagne. D’un autre côté, elle a donc du importer 10,3 Mt de granulats, dont 6,4 Mt de Belgique, pour répondre à ses besoins. En 2020, toujours d’après le rapport de l’UNICEM et l’UNPG, le Grand Est possède, avec près de 38,5 Mt de granulats par an, la troisième plus importante production régionale française derrière l’Auvergne Rhône Alpes (44,4 Mt) et la Nouvelle Aquitaine (39,2 Mt). Le Bas-Rhin a la production départementale la plus élevée (11,4 Mt). En Allemagne, les régions du Nord-Ouest, la Basse-Saxe et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie sont les principales régions productrices de sables et graviers, puis viennent ensuite des régions telles que la Bavière, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et le Schleswig-Holstein [10]. De nombreuses carrières en eau sont situées près des cours d’eau, comme c’est le cas par exemple à la frontière avec l’Alsace, le long du Rhin. En Suisse, la production de granulats alluvionnaires est située principalement dans les cantons du plateau suisse [11]. Les cantons de Zurich, Argovie, Saint-Gall, Vaud et Valais sont les plus importants producteurs de granulats du pays. Plus généralement, on retrouve de nombreuses gravières et sablières autour des cours d’eau et lacs, tels que le lac des Quatre-Cantons, le lac de…